Dominique de Meyer : Une carrière qui décoiffe

Photo Alan Geslin/Archives Echappement

En cinq décennies, de l’Alpine Groupe 3 à la Peugeot 206 WRC en passant par la Maxi 5 Groupe B, le pilote d’origine corse a couru sur toutes les générations d’autos, à l’exception de l’actuelle catégorie R5. De quoi accumuler près de 300 départs en rallyes et plus de 120 victoires…

Propos recueillis par Philippe Carles

D’où vient votre patronyme ?

Mon arrière-grand-père paternel était un ingénieur de la société Eiffel, il avait été envoyé en Corse pour construire des routes et des ponts à la fin du 19e siècle. Il y a rencontré sa future épouse et y est ensuite resté, voilà l’origine de ma famille. L’auto est une passion familiale qui remonte à loin, puisque mon grand-père maternel fut le premier Corse à obtenir un permis de conduire, puis à posséder une automobile, qu’il avait achetée au roi du Cambodge !

Vous-même avez vécu en Corse ?

Oui, lors de mes premières années. Puis ma mère est venu enseigner à Grasse, où j’ai été à l’école puis au collège. Depuis, j’y suis resté. Nous habitions à 200 mètres du départ du rallye de Grasse-Fleurs et Parfums, et j’ai été très vite attiré par les sports mécaniques. J’ai d’abord eu la passion de la moto, dès le permis moto passé à 16 ans, je roulais avec une Norton Commando.

Comment se sont effectués vos débuts en rallye ?

J’ai d’abord été coéquipier d’un copain, sur une DS 21. Cela s’est soldé par deux sorties de route en deux rallyes. Alors, je me suis dit : quitte à prendre des risques, autant que ce soit moi qui conduise. J’étais alors pion dans un lycée, et avec un copain d’enfance qui m’a donné le virus, Jacques Lions (lui-même a longtemps couru en moderne puis en VHC, Ndlr), nous avons décidé de disputer le Tour Auto. C’était une épreuve longue, mais comme elle se terminait à Nice, nous avions estimé que cela réduirait les frais. Notre seule ambition était de terminer. Puis j’ai également disputé quelques rallyes avec une Lancia Fulvia, ainsi que quelques courses de côte avec une Mustang. Mais celle-ci tombait souvent en panne avant même l’arrivée de la montée ! Les choses sérieuses ont commencé lorsque j’ai acheté une Berlinette Alpine 1600 S Groupe 3. Le Groupe Compétition Grasse venait de se former, je m’y suis inscrit car cela permettait de faire assistance commune. A la même époque, Michèle Mouton débutait également à Grasse avec une auto identique…

Vous avez également choisi une voie professionnelle peu banale dans le milieu du sport automobile.

Effectivement, je suis entré dans la Police nationale à 24 ans, en tant qu’inspecteur. J’ai toujours travaillé aux RG (les « Renseignements Généraux », qui ont été dissous sous Nicolas Sarkozy, Ndlr). Nous nous occupions de surveillance économique, politique, ainsi que des activités de jeux dans la région, comme les casinos. J’ai effectué toute ma carrière dans la Police, et dans les années 90, j’ai obtenu le statut de Sportif de haut niveau, ce qui me permettait de prendre facilement des congés sans solde et d’être couvert en cas d’accident. Je dois signaler que je n’ai jamais été jalousé par mes collègues, ils étaient plutôt fiers de mes résultats…

Lors du rallye Monte-Carlo 1977, vous attirez déjà l’attention.

Je disposais d’une Alpine A110 1800 Groupe 4, et la dernière nuit, nous avons réalisé des temps scratch devant les Stratos. Il faut dire que le rallye était joué et le leader, Munari, avait levé le pied. Nous avons terminé 8e, et premier des « Amateurs ». Pourtant avant le départ, je pensais ne pas faire partie des 60 qualifiés pour la dernière étape de nuit, et je n’avais pas reconnu la fin du parcours ! Heureusement, les spéciales étaient dans la région, j’ai récupéré quelques notes et on s’en est bien tiré.

C’est avec Opel que votre réputation prend forme, à la fin des années 80.

J’avais choisi cette auto car il y avait d’abord un Trophée Opel bien doté, et puis l’on pouvait gagner des victoires en Groupe 1 et se faire remarquer. La Kadett GT/E manquait de puissance, mais elle avait un châssis épatant. En 1978, je finis 2e du Trophée derrière Yves Loubet, puis en 1979, je dispute quelques manches du championnat de France, m’éloignant un peu de mes bases. En allant courir au Mont-Blanc et aux Cévennes, j’ai commencé à acquérir une bonne expérience et j’ai vu que j’étais dans le coup face aux locaux.

Aviez-vous l’espoir de devenir pilote professionnel, comme les Loubet ou Oreille à la même époque ?

Pas du tout. Je n’ai jamais eu cette ambition, je connaissais mes limites par rapport aux champions. De plus je m’étais marié très jeune, j’avais deux enfants à élever et il ne fallait pas mettre en péril le budget familial. Je dirais, en résumant, que j’ai préféré avoir une carrière d’amateur réussie plutôt qu’une vie ratée de professionnel. Par la suite, j’ai souvent « ouvert » des grandes épreuves du championnat du Monde, le Monte-Carlo, la Corse, l’Espagne ou le Sanremo, pour Didier Auriol, et j’ai bien pu mesurer la différence qui nous séparait au niveau talent. J’ai toujours été lucide sur mes capacités.

Le passage à la R5 Turbo a été un tournant important dans votre carrière.

Effectivement, avec la R5 Turbo, j’ai commencé à remporter pas mal de victoires. Pourquoi avoir choisi cette auto ? C’est simple, j’ai d’abord obtenu un soutien du concessionnaire Renault-Grasse qui m’a aidé à en acquérir une, puis ensuite Renault Sport, grâce notamment à Patrick Landon, distribuait pas mal d’aides à ses clients. La R5 Turbo a été homologuée en 1980, et Renault Sport avait promis une prime de 10 000 francs à celui qui remporterait la première victoire au scratch avec cette auto. Eh bien, c’est moi qui ait eu la prime, en m’imposant au rallye d’Istres, devant Alain Oreille. La prime représentait un dixième du prix de l’auto, et cela m’a permis de finir de la payer…

C’était votre première victoire au général?

Non, le deuxième, car j’avais remporté avec la Kadett GT/E le rallye de Nice 1979, au nez et à la barbe des Porsche. Le rallye s’était disputé sous des trombes d’eau, dans des conditions dantesques, et nous n’avions eu aucune pénalité routière. Lorsque j’avais remporté cette victoire avec mon ami Jacques Bolla comme coéquipier, je m’étais dit : profites-en car cela ne va pas t’arriver souvent. On peut bien se tromper, non ! (…)

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