Porsche 906 1966 : Une extraordinaire polyvalence

Qualifier une Porsche est toujours un peu subjectif. La marque a produit tant de modèles prestigieux qu’il est difficile d’en encenser un plus qu’un autre. Pourtant, la 906 est la seule Porsche à réunir à ce point les qualités d’une sportive routière et d’une vraie voiture de course. Elle s’est illustrée sur à peu près tous les terrains de jeu de l’époque aux mains de pilotes d’usine comme de concurrents amateurs. Et quelle ligne intemporelle ! Embarquement immédiat pour revivre les sensations pures d’un pilote des années 60.

Texte Lionel Robert – Photos Christian Bedeï

« Allo, c’est Claudio Roddaro. La voiture que vous deviez essayer jeudi n’est plus en état de rouler provisoirement mais j’ai peut-être une autre auto à vous proposer. Il s’agit d’une Porsche 906, ça vous tente ? » Claudio est d’une amabilité et d’une gentillesse avec Echappement Classic, nous permettant d’essayer plusieurs Porsche par le passé : 911 Carrera 3L RSR (EC n°57), 908 longue queue (EC n°69) et 550 A RS Spyder (EC n°73). Bien sûr que piloter une 906 ça me tente ! Lorsque je reçois les premières photos du modèle, je tombe carrément sous le charme. La voiture est splendide dans son bleu marine d’époque qui la démarque des autres 906, la plupart du temps blanches. Et puis cette voiture, la première 906 sortie des ateliers Porsche, a pu se forger un palmarès notamment avec Hans Herrmann et Herbert Linge qui remportèrent leur classe aux 24 Heures de Daytona 1966 (en terminant 6e au scratch). Je vous livre aussi une considération beaucoup plus personnelle mais cette silhouette d’une pureté absolue est inscrite à tout jamais comme mon premier souvenir visuel des 24 Heures du Mans. En 1966 ou 67, je suis sur les épaules de mon père dans la ligne droite des tribunes face aux stands et je vois filer ces magnifiques bolides. J’ai peut-être 3 ou 4 ans et aucun souvenir des Ford qui gagnèrent ces années-là mais trois images restent gravées à jamais dans ma mémoire : les petits stands éclairés par des néons blafards, l’immense tableau d’affichage manuel ou s’échangent les positions au classement au gré des bonnes ou mauvaises fortunes de course, et la poupe des 906 courtes seulement éclairée de deux ronds rouges qui s’éloignent rapidement dans la courbe Dunlop alors que la douce nuit de juin nous enveloppe progressivement. C’est ce qui s’appelle tomber dans la marmite de potion magique et sans doute l’une des raisons inconscientes qui m’ont poussé à devenir un pilote d’endurance passionné par tout ce qui roule sur 24 Heures.

Un peu d’histoire

En 1965, les 206 Dino de Ferrari font la loi en championnat d’Europe de la Montagne et battent régulièrement les 904. Porsche confie alors à son responsable recherche et développement, le jeune Ferdinand Piëch, l’étude d’une voiture de sport devant remplacer la 904. Le châssis à caisson est abandonné et la Porsche 906 (ou Carrera 6) est assemblée sur la base d’un treillis tubulaire en acier et d’une carrosserie légère en fibre de verre dont la forme a été validée par des études en soufflerie. Comme la FIA a modifié le règlement imposant la production de 2500 exemplaires pour être inscrit dans la catégorie GT, l’objectif de Porsche est de pouvoir homologuer l’auto dans la nouvelle catégorie sport sur la base d’une production de 50 exemplaires. Par souci d’économie et gain de temps, on retrouve nombre de pièces de la 904 (freins, suspensions, porte-moyeux et roues de 15 pouces) mais une totale liberté est accordée aux ingénieurs pour développer un châssis beaucoup plus léger et performant. Le résultat est remarquable avec une 906 qui ne pèse que 620 kg, soit 75 de moins qu’une Porsche 904. Le moteur retenu est un 6 cylindres à plat de 2 litres de cylindrée (référence interne 901-20) à carburateurs développant 220 ch (une version injection arrivera plus tard). Preuve de l’efficacité aérodynamique de la voiture, elle atteindra 280 km/h dans la ligne droite des Hunaudières, vitesse plutôt élevée compte tenu de la puissance limitée. La voiture est très basse (98 cm de hauteur) et l’intérieur minimaliste car il a fallu gagner du poids partout. Des matériaux nobles ont été employés dans le moteur (bielles en titane, pistons Malhe en aluminium forgé) ou sur la voiture (carter de boîte de vitesses en alliage de magnésium). Au final, un moteur de 906 pèse 54 kg de moins qu’un bloc de 911 de série dont il est dérivé. En janvier 1966, notre voiture d’essai, la 906-017, est présentée à la presse par Huschke Von Hanstein, patron de la compétition, et les pilotes maison Gerhard Mitter et Hans Herrmann. Cela laisse tout juste le temps à Porsche de charger ensuite l’auto dans un avion cargo pour l’expédier en Floride afin qu’elle participe aux 24 Heures de Daytona aux mains de Hans Herrmann et Herbert Linge. La 906 n’ayant pas encore son homologation Sport, c’est donc en catégorie Prototype moins de 2 litres que l’auto s’illustre en remportant sa classe. Ce succès retentissant pour une toute nouvelle voiture sortie d’usine lança la carrière de la Carrera 6 dont l’appellation officielle deviendra Coupé 906.

Au volant

Il est un peu plus de onze heures par cette belle journée ensoleillée d’octobre lorsque le camion plateau de l’écurie monégasque Scuderia Classica arrive dans le paddock du circuit du Luc dans le Var. A hauteur d’homme, la Porsche 906 paraît encore plus impressionnante et je suis surpris de la dimension relativement haute des flancs des pneumatiques. Le mécanicien descend alors minutieusement la voiture en plaçant ça et là des cales pour compenser la hauteur de caisse malgré tout assez faible de la 906. Je m’approche d’elle et je mesure la chance de pouvoir contempler ces superbes lignes qui expliquent à elles seules pourquoi les années 60 sont considérées comme l’âge d’or du sport automobile. Les concepteurs de l’époque, tout comme ceux des modèles de course d’aujourd’hui, ont, avant tout, voulu faire une auto performante mais ils l’ont fait en dessinant une auto très basse, plutôt légère et aérodynamique. Cette Porsche 906 n’est pas une voiture de sport, c’est LA voiture de sport, un peu comme la Ferrari P4 pourrait être considérée comme LA voiture de course. (…)

Retrouvez l’intégralité de l’essai dans Echappement Classic n°86 (mars-avril 2018) en vente en kiosque ou en ligne sur hommell-magazines.com

 

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