Daniel Grataloup : l’Iron Man des coéquipiers

Photo Philippe Maitre/Archives Echappement

Professionnel pendant treize saisons, Daniel Grataloup fait partie avec Bernard Occelli, Daniel Elena et Julien Ingrassia du club très fermé des copilotes ayant remporté une couronne de champion du monde des rallyes. C’est aussi un sportif accompli et très affûté en cyclisme, VTT, ski de fond, parapente et ultra-trail !

Propos recueillis par Philippe Carles

Echappement Classic : Daniel, vous êtes né à Lyon, mais vous vivez actuellement dans les Vosges. Pour quelles raisons ?

Daniel Grataloup : Effectivement, je suis d’origine lyonnaise, d’ailleurs il existe une rue Grataloup dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon. Mais si je réside actuellement près de Saint-Dié, dans les Vosges, c’est à cause de mon ex-femme, la mère de mes trois filles. Elle était originaire de cette région et elle y avait obtenu un poste. Depuis notre séparation, j’y suis resté car je m’y sens bien, c’est une région tranquille, avec la nature toute proche. Comme je pratique beaucoup d’activités physiques de plein air, cela me convient parfaitement.

Comment êtes-vous venu au sport automobile et aux rallyes ?

Quand j’avais 12/13 ans, mon oncle m’a emmené un dimanche où l’on s’ennuyait dans une réunion de famille voir un slalom dans les Monts du Lyonnais. J’ai trouvé cela génial, le bruit, les autos spectaculaires, la vitesse. Puis, petit à petit, avec mon oncle nous avons suivi quelques rallyes de la région, notamment le Lyon-Charbonnières. J’était présent depuis les vérifications jusqu’à l’arrivée avec mon petit carnet d’autographes, où j’ai recueilli les signatures d’Andruet, de Jacques Henry, etc. Nous nous rendions aussi sur les autres rallyes de la région, et j’étais subjugué par les spéciales nocturnes avec les phares qui trouaient la nuit, les autos « gonflées » avec leurs grosses ailes et leurs échappements libres. Cela sentait encore parfois l’huile de ricin, ce n’était pas un spectacle aseptisé, et j’adorais cela. Lorsque j’étais adolescent, mon père m’emmenait le soir sur les routes des spéciales, j’y passais la nuit seul puis il venait me rechercher le matin. Par chance, il y avait beaucoup d’épreuves pas loin de chez nous, dans les monts à l’ouest de Lyon.

Vous auriez aimé être pilote plutôt que copilote ?

Mon père dirigeait une auto-école, et j’ai appris à conduire très tôt avec les autos à double commandes de l’école. Mon père avait d’ailleurs lui-même participé à quelques rallyes de la région avec les autos de l’école et en compagnie de mon oncle : ils enlevaient le panneau auto-école fixé sur le toit, et c’était parti. Mais c’était plus pour faire de la pub à l’auto-école que pour la gagne… Bref, être pilote j’en rêvais comme tous les jeunes de mon âge, mais c’est une question d’argent qui a orienté ce choix vers le copilotage. Après le lycée, j’étais étudiant en IUT de Génie Mécanique. L’été, je travaillais dans une usine d’aluminium pour me procurer un peu d’argent de poche. Sur le parking de l’usine, j’ai rencontré un gars qui venait travailler avec une Opel Kadett GT/E Groupe 2. Il s’appelait Patrick Dupont, comme le danseur. On a sympathisé et on a décidé de participer à notre premier rallye ensemble, les Monts du Lyonnais en 1979.

Cela vous a-t-il plu ?

Tout de suite. A l’époque, il n’y avait pas de road-book distribué, il fallait tracer soi-même l’itinéraire sur les cartes, et j’adorais cela. Si je me suis d’abord orienté vers le copilotage pour des raisons financières, par la suite c’est vraiment devenu une passion.

Vous pensiez déjà devenir un professionnel de la navigation ?

Pas du tout. Après l’IUT, que j’avais envisagé comme une porte d’entrée vers une école d’ingénieur style Estaca, je me suis rendu compte que je n’aurais pas la patience d’effectuer cinq années d’études de plus. Aussi, j’ai passé un examen pour devenir géomètre : je l’ai réussi facilement, car comme je l’ai déjà dit, j’aimais vraiment travailler sur des cartes. J’ai d’abord eu des boulots dans le privé, puis ensuite je suis entré au service du Cadastre, jusqu’à la saison 1989 où je me suis mis en disponibilité pour courir à plein temps avec Bruno Saby.

Avant d’en arriver là, vous avez côtoyé pas mal de pilotes.

Effectivement. Après Patrick Dupont, il y a eu Jean-Pierre Simonnet. Avec sa Samba Rallye, nous avons disputé quelques manches du Championnat de France, et cela me semblait déjà un autre monde, une échelle supérieure. Il y a eu aussi Henri Devin, Bernard Verhack qui possédait une Ford Escort RS Turbo, mais la rencontre la plus décisive fut avec Eric Mauffrey.

Comment l’avez-vous connu ?

J’avais été muté successivement à Chalons-sur-Marne puis à Grey, en Haute-Saône, où se trouvait l’usine et les patrons de la société Christine Laure que j’avais d’ailleurs démarché comme éventuel sponsor. Eric Mauffrey n’habitait pas loin et il cherchait un copilote pour le rallye Ain-Jura. Il disputait le Challenge VAG avec une Golf Groupe 2, c’était déjà du haut niveau, avec des batailles très serrées et on terminait souvent non loin des premières places du scratch. Beaucoup d’épreuves avaient pour cadre le championnat de France, et j’ai commencé à être un peu connu. Après un Monte-Carlo avec Eric en R5 GT Turbo, j’ai un peu couru pour William Oddoux, avant que Bruno Saby ne vienne me chercher, fin 1989.

C’est le grand tournant de votre carrière.

Bruno Saby venait de monter sa structure Grenoble Sport Auto, et il désirait avoir un copilote à plein temps, Jean-François Fauchille ayant décliné l’offre. Après un essai à ses côtés, j’ai dit banco, et je me suis mis en disponibilité de mon job de géomètre, avec le statut de Sportif de Haut Niveau. J’avais déjà à mon actif une centaine de rallyes mais je pensais qu’être copilote professionnel était un rêve inaccessible. Et voilà que grâce à Bruno, ce rêve se réalisait ! (…)

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