Jean-Pierre Jarier : « A l’époque, l’argent n’avait pas autant d’importance »

Jean-Pierre Jarier chez March, lors du GP d’Autriche 1973. (photo DPPI)

Si Max Mosley ne s’était pas opposé à son passage chez Ferrari en 1974, Jean-Pierre Jarier aurait assurément connu un destin différent. Peut-être serait-il devenu champion du monde…

Propos recueillis par François Hurel

Dans notre n°21 (avril 2012), Jean-Pierre Jarier nous avait raconté ses débuts dans la course automobile, marqués par son échec à l’école Winfield de Magny-Cours, ses premières victoires en Coupe Gordini et ses résultats encourageants en Formule France, sans oublier son rôle de premier rédacteur en chef d’Echappement. Mais que s’est-il passé ensuite ? C’est ce que nous lui avons demandé cette fois-ci, entre deux Grands Prix où il coache l’espoir du GP3 Julien Falchero.

Quel souvenir gardez-vous de vos deux saisons de F3 au sein du team Arnold, en 1969-70 ?

A l’époque, l’argent n’avait pas autant d’importance. Il fallait surtout prouver qu’on allait vite. Après m’avoir prêté une Elina Formule France, Jean-Pierre Beltoise m’a présenté à Marcel Arnold, qui m’a confié une Tecno pour le Grand Prix de Reims. Je m’y suis rendu dans mon break DS, avec un copain de fac. N’ayant pas un rond, on couchait sous la tente. Je me suis retrouvé avec des pneus de F2 alors que Jean-Pierre Jaussaud avait monté des pneus de Formule France sur sa voiture, pour aller plus vite en ligne droite. Je n’avais aucune chance et je me traînais en queue de peloton, mais grâce à l’aspiration, j’ai réussi à me replacer. Au dernier freinage au Thillois, tout le monde s’est mis du côté droit et j’en ai profité pour remonter en freinant très tard grâce à mes pneus larges. Je me suis retrouvé en tête et j’ai conservé l’avantage jusqu’à la ligne. J’étais content d’avoir gagné la première manche mais je n’ai pas pu prendre le départ de la seconde. J’ai fini par gagner une course à Albi (en 1970, Ndlr).

Dès 1971, vous avez débuté en F1 en parfait indépendant…

J’ai demandé à Hubert Hahne s’il voulait me prêter sa March 701 et il a accepté. Je l’ai mise sur la remorque de mon dériveur et je suis parti avec un copain disputer la Gold Cup à Oulton Park. C’était un circuit dangereux et grâce aux nombreuses sorties de route, j’ai terminé 3e (Jean-Pierre exagère un peu car il s’est classé 9e au milieu des F5000, soit 4e des F1, Ndlr). Sur place, on avait trouvé un mécano anglais mais il s’est tiré avec la prime d’arrivée. Dans la foulée, j’ai prévenu les organisateurs de Monza que je voulais disputer le Grand Prix d’Italie. Rien ne m’arrêtait ! Et comme je n’avais pas de mécanos, ce sont Jean-Pierre Jaussaud et Vittorio Brambilla qui m’ont assisté : c’est unique au monde, non ? McLaren m’a filé un train de pneus et j’ai terminé la course malgré des ennuis de freins. J’ai gagné une fortune qui devait m’être payée en liquide à l’A.C. Milan, mais quand je suis arrivé, Max Mosley avait récupéré la prime au nom de March. Et nous sommes rentrés à Paris sans argent, en pipant de l’essence dans les réservoirs. J’ai également disputé quelques courses en F2 avec le team Arnold, mais ce n’était pas vraiment bien organisé. On ne faisait pas d’essais et ça n’a pas donné grand chose.

Ce qui vous à poussé à redescendre en F3 en 1972 ?

Oui, avec l’Ecurie La Vie Claire de Philippe de Henning. Je roulais en alternance avec James Hunt. Quand il courait en France, il dormait chez moi à Charenton et vice-versa. On était vraiment potes et j’ai de très bons souvenirs de cette période. Il sortait avec un mannequin et je me suis retrouvé en collocation avec trois d’entre elles. M’étant fait jeter de l’école Winfield et ne faisant pas partie de la filière Elf, il ne me restait plus que l’Angleterre et l’Amérique (rires). Je n’avais pas un rond, mais j’étais heureux de pouvoir conduire en toute liberté. Il me semble qu’à cette époque, on pouvait vivre sans argent alors que ce n’est plus le cas aujourd’hui.

La même année, on vous a vu sur les Ferrari du NART ?

Georges Bonnet (neveu du constructeur René Bonnet, Ndlr) connaissait bien Luigi Chinetti et il m’a trouvé un volant pour Les 24 Heures du Mans, sur une Ferrari Daytona. Je me suis pointé au Mans et c’est une des filles chargée de l’administratif qui m’a hébergé. Le mercredi, ils ne m’ont pas fait conduire et peu avant la fin de la séance du jeudi, Chinetti m’a dit « vous pouvez conduire si vous voulez ». En découvrant la direction lourde de la Daytona j’avais l’impression que je ne pourrais jamais la conduire, mais au panneautage de Mulsanne, j’ai vu que je n’étais pas loin des temps de Sam Posey, référence de l’équipe. Quand je me suis arrêté, ils m’ont monté des pneus neufs et j’ai « aligné » Posey. Dans la nouvelle portion, je suis parti à la faute mais grâce au ciel, j’ai rendu la voiture intacte. Malheureusement, ils m’ont fait courir avec un type à qui je collais 10 secondes au tour et nous n’avons pas fait un bon résultat. Mais au soir de la course, à l’hôtel, j’ai reçu une belle liasse de billets et Chinetti m’a proposé de venir courir aux Etats-Unis sur la Daytona, avec Posey. Là-bas, je me suis retrouvé au volant de la 712 Can-Am, que personne ne voulait piloter, car elle était inconduisible. Contre les Porsche 917 Turbo, je n’avais aucune chance mais après avoir demandé quelques modifications, j’ai quand même terminé 4e à Elkhart Lake. Chinetti m’a alors donné le choix entre 7000 dollars ou repartir avec la 712. Ayant besoin d’argent pour rentrer à Paris, j’ai laissé la voiture, mais je n’aurais pas dû car aujourd’hui, elle vaut une fortune.

Ces bons résultats n’ont-ils pas relancé votre carrière ?

Ils m’ont valu une bonne réputation dans la presse anglaise et, en septembre, March m’a proposé de piloter une F3 d’usine. Il est vrai que Max Mosley m’était un peu redevable suite au Grand Prix d’Italie 71. Je suis ainsi devenu pilote de développement de leurs nouveaux modèles : F3, F2, F5000, Prototypes. J’ai même piloté la F1 de Niki Lauda. (…)

Retrouvez l’intégralité du sujet dans Echappement Classic n°82 (octobre 2017) en vente en kiosque ou en ligne sur hommell-magazines.com

Les commentaires sont fermés.