Magny-Cours, 1er mai 1967 : Sur la pointe des pieds

Toute la disparité de l'époque avec cette grille de Sport-Protos. En première ligne : les Porsche Carrera 6 du Suisse Tschemec (en pole), de Robert Buchet (le futur vainqueur) et la Ferrari LM de Sylvain Garant. (Photo Adolphe Conrath)

Toute la disparité de l’époque avec cette grille de Sport-Protos. En première ligne : les Porsche Carrera 6 du Suisse Tschemec (en pole), de Robert Buchet (le futur vainqueur) et la Ferrari LM de Sylvain Garant. (Photo Adolphe Conrath)

C’est fou comme le temps passe. Ma première immersion en sport auto date d’un demi-siècle ! Mais c’est comme si c’était hier.

Texte Christian Courtel*
*Reporter à Echappement de 1970 à 1975, Christian Courtel fit ensuite partie de l’aventure d’Auto Hebdo, dont il devint le rédacteur en chef de 1991 à 2003.

Voilà une bonne dizaine d’années de cela, Michel Hommell me proposa d’aller jeter un œil aux archives photographiques d’Adolphe Conrath entreposées dans une pièce du Manoir de l’Automobile à Lohéac. Là, je reçus un choc en découvrant un tel trésor, retraçant quarante années de sport automobile français, couchées sur la pellicule. Au bas mot trois millions de photos rigoureusement archivées par disciplines et par épreuves. Adolphe Conrath couvrait indifféremment rallyes, circuits, course de côte et slaloms. Il pouvait parfois être présent sur trois épreuves le même week-end pour peu que celles-ci soient géographiquement idéalement situées.

De cette découverte est née une petite série de bouquins dont la vocation était de replonger lecteurs et acteurs dans le passé (Les albums-photos d’Adolphe Conrath, hors-série Echappement, Ndlr). Sur un plan personnel, je ne fis pas faute de me plonger dans le dossier consacré au « VIIe circuit de Vitesse Automobile », réunion organisée à Magny-Cours les dimanche 30 avril et lundi 1er mai 1967. Je me fis même un devoir de scanner une bonne partie du reportage photo, histoire de revivre ce qui constitua en somme mon premier vrai week-end de sport automobile.

Et puis le temps a passé. J’ai effectué quelques menus travaux avant de prendre ma retraite et tirer ma révérence pour couler des jours tranquilles au bord de l’océan. A l’occasion, l’ami Pac vient me tracasser à l’heure de la sieste, généralement entre les Feux de l’Amour et l’inspecteur Derrick, pour me réclamer je ne sais quelle perle rare que je suis supposé « avoir en magasin » afin d’illustrer un reportage dans votre magazine préféré. Tout récemment, cet importun de Pac fut bien inspiré de me tirer de ma torpeur car j’avais totalement oublié ce reportage de Magny-Cours alors que nous devisions de l’âge du capitaine. Bref, il était moins une que mes « vieilleries » ne restent à jamais à l’état d’oubli quand bien même allaient-elles me rappeler combien mes jeunes années s’éloignaient inexorablement dans le rétroviseur de ma vie. Je vous livre donc ce qui fut.

Un printemps 67

Nous vivions une époque bénie entre toutes. L’automobile était alors un symbole fort de notre société. Elle était l’objet culte de notre génération de baby-boomers, et le sport automobile français était voué aux plus grands desseins. En ce printemps 67, il n’était pas politiquement incorrect de parler bagnole et encore moins de compétition. Au contraire. Elles s’affichaient sur grand écran avec la sortie du film Grand Prix réalisé par John Frankenheimer, alors que la télévision française s’apprêtait à diffuser les treize épisodes de Michel Vaillant avec Henri Grandsire dans le rôle-titre. Ce feuilleton était proposé le samedi soir, et en « prime » s’il vous plaît ! Imaginez cela de nos jours. De quoi faire défaillir tous nos experts en Audimat.

Jusqu’alors, ma modeste expérience de spectateur se résumait à deux dimanches de l’an 1966 passés l’un à Montlhéry, l’autre à Rouen. Petite mise en bouche. Aussi la perspective de vivre en « live » un week-end complet avec essais et courses sans supplément de prix me portait aux extases. Ce déplacement au cœur du Nivernais prenant à mes yeux des allures de voyage initiatique. Sans doute ma bonne étoile veillait-elle sur moi quand je découvris quelques jours plus tôt dans « the » quotidien du sport français, L’Equipe pour ne pas le nommer, un articulet mentionnant un voyage organisé à Magny-Cours. Nous ne devions pas être plus de cinq « drivés » par notre mentor (voire G.O.) Daniel Gérard, dans ce mémorable épisode qui, n’ayons pas peur des mots, allait influer durablement ma destinée d’un point de vue professionnel. J’avais 18 ans, un métier certes, mais j’avais confusément envie d’autre chose, et ce week-end à Magny-Cours m’a convaincu que ma place était là, au milieu de cette bande de fous furieux qui vivaient leur passion à fond de cinq ! A moi, bien sûr, de trouver les clés pour pénétrer cet univers et d’y faire ma place. Mais cela est une autre histoire qui prendra plusieurs années. (…)

Retrouvez l’intégralité de l’article dans Echappement Classic n°77 (mai 2017) en vente en kiosque ou en ligne sur hommell-magazines.com

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