Jean-François Liénéré : Pas un « Mimile »

Photo Christian Chiquello/Archives Echappement

Photo Christian Chiquello/Archives Echappement

Ayant récemment pris sa retraite, Jean-François Liénéré revient sur ses quarante de carrière. Celle d’un copilote de province devenu l’une des chevilles ouvrières de Renault Sport puis de Citroën Racing.

Propos recueillis par Philippe Carles

Echappement Classic : Votre passion pour le sport automobile vient-elle de votre famille ?

Jean-François Liénéré : Pas du tout. Dans ma famille qui vivait à Gérardmer, on n’était pas vraiment branché automobile. Mais à l’âge de 13/14 ans, j’avais un copain dont le père était copilote amateur. Depuis 1968, il roulait avec Pierre Mény sur une Ford Escort Mk1. Avec mon ami, on allait voir en Solex les rallyes qui passaient dans la région, et ils étaient nombreux : Tour Auto, rallye des Tulipes, rallyes des Vallées, de Lorraine, etc. Les spéciales étaient tout près de la ville ! Et à cette époque, la télévision diffusait un feuilleton sur des jeunes adolescents, Les Mimiles. Le père de mon copain nous appelait comme ça, et j’ai gardé ce surnom jusqu’ à mon entrée chez Renault-Sport.

Et vos études ?

Elles n’ont pas été très longues. J’ai arrêté après la seconde au lycée, et je suis entré dans la vie active comme dessinateur industriel. Pendant dix ans, de 1972 à 1983, j’ai travaillé dans une entreprise qui vendait des cuisines aménagées, j’en dessinais les plans… Il y a eu une coupure, bien entendu, lorsque j’ai effectué mon service militaire à 21 ans.

Quand ont eu lieu vos débuts en compétition ?

Fin septembre 1976, j’ai débuté comme coéquipier sur une Simca 1000 Rallye avec un dénommé Christian Martin. Etre pilote, je n’en avais pas les moyens. Aussi cela m’a semblé logique d’être copilote, et je n’en ai jamais ressenti la moindre frustration. Début 1977, j’ai sympathisé avec Pierre Mény, qui habitait lui aussi Gérardmer. Et tout naturellement, il m’a proposé de remplacer son copilote qui partait au service militaire. Notre première course ensemble a été la Ronde Luronne qui s’est terminée dès le tour de reconnaissance, l’auto étant partie en aquaplaning et ayant heurté un poteau électrique. Puis, une fois l’Alpine A 110 1800 reconstruite, nous avons couru le rallye de Lorraine avec une 3e place à la clé. Avec Pierre, les rallyes se sont vite enchaînés, nous en avons encore disputé huit cette année-là.

Envisagiez-vous de devenir copilote professionnel, à cette époque ?

Pas du tout. Je faisais cela uniquement par passion, tous mes jours de vacances passaient dans les rallyes, Heureusement, avec Pierre, on ne reconnaissait pas à outrance. J’ai eu la chance de démarrer très vite comme coéquipier avec un bon pilote, qui sortait peu. Pierre travaillait dans la confection, dans la société familiale, mais il était aussi passionné de mécanique. Il préparait lui-même ses autos, et je lui ai très vite donné un coup de main. Après l’Alpine A 110 1800 Groupe 4, nous nous sommes lancés dans la préparation d’une A 310 V6 Groupe 4. La caisse avait été achetée chez Jacques Henry, Alpine nous avait fourni le kit de base « Groupe 4 » et nous en avons réalisé nous-même le montage. C’était assez sympa, mais nous avons connu pas mal de soucis mécaniques la première année où nous avons couru avec cette auto, en 1978 : huit rallyes et sept abandons ! A la fin de l’année, Pierre a pris rendez-vous chez Renault Sport avec l’ingénieur François Bernard, qui lui a expliqué que cela ne pouvait pas marcher sans le montage d’un carter sec et d’un système de refroidissement spécifique. Ce que nous avons fait durant l’hiver, tandis que le moteur était enfin préparé par Bozian. Et la saison suivante, en 1979, fut beaucoup plus fructueuse. Voici quelques uns de nos résultats : 4e au Lyon-Charbonnières, 1er au Vosges, 3e au Lorraine, 5e à la Ronde Luronne, 1er au Rhin, 6e à la Châtaigne.

Lors de la saison 1980, ponctuée par une victoire au Trophée Renault, Pierre Mény et Jean-François Liénéré placent leur Alpine A310 V6 à la 6e place du Tour de France Auto. (Photo Jean-Luc Taillade/Archives Echappement)

Lors de la saison 1980, ponctuée par une victoire au Trophée Renault, Pierre Mény et Jean-François Liénéré placent leur Alpine A310 V6 à la 6e place du Tour de France Auto. (Photo Jean-Luc Taillade/Archives Echappement)

Courir en Alpine A 310 V6, ce n’était pas très commun à l’époque.

Effectivement, car c’était une période de transition chez Renault. C’était la fin d’Alpine en compétition officielle, le kit « Groupe 4 » n’avait pas été bien diffusé, malgré les bons résultats obtenus par Guy Fréquelin en Championnat de France. Renault Sport poussait surtout les modèles de sa gamme, comme la R5 Alpine Groupe 2, tandis que la R5 Turbo était en gestation. Malgré cela, nous avons encore continué avec l’A 310 V6. Nous avions décroché une bonne aide du manufacturier de pneumatiques Kléber, alors basé à Toul, et nous étions leur équipage officiel. Pour la saison 1980, nous avons construit une nouvelle A 310 V6, mais en version Groupe 3. Notre objectif était le Trophée Renault Sport, assez bien doté financièrement. En commençant d’abord avec la Groupe 3, puis ensuite avec la Groupe 4 que nous avions conservée, nous avons disputé 16 rallyes, avec huit arrivées et huit abandons. Notre plus probant résultat fut une sixième place au général au Tour Auto, il y a eu aussi trois scratch en rallyes nationaux, Vosges, Rhin et Matheysine, et en fin d’année nous avons été déclarés vainqueurs du Trophée Renault. (…)

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans Echappement Classic n°77 (mai 2017) en vente en kiosque ou en ligne sur hommell-magazines.com

 

 

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