Serge Saulnier : « Magny-Cours a été le fil conducteur de ma vie »

Serge SaulnierMécanicien, pilote, moniteur de pilotage, patron de sa propre équipe, team manager chez un grand constructeur, directeur de circuit : Serge Saulnier a quasiment tout fait dans le sport automobile. Sans jamais céder à l’esbroufe, l’homme a su mener sa carrière avec un savant dosage d’audace et de bon sens qui force l’admiration.

Propos recueillis par François Hurel – Photo Christian Chiquello/Archives Echappement

Echappement Classic : De quelle manière êtes vous « entré » en sport automobile ?

Serge Saulnier : Je suis né dans la Marne mais mes parents, qui étaient teinturiers, se sont installés à Houilles, dans les Yvelines, en 1960. Tout près de chez nous, il y avait le garage de Louis Blaes, dans lequel on préparait des Fiat-Abarth, des R8 Gordini, des Formule France et même des F3. Ce fut le déclencheur de ma passion. J’allais tous les soir les embêter, astiquer les voitures. Je voyais passer Claude Ballot-Léna, René Ligonnet, Philippe de Henning, Alain Lemiale, Alain Cudini et, vers 16-17 ans, j’ai fini par accompagner certains d’entre eux à Montlhéry, pour donner un coup de main. C’est là qu’en 1971, j’ai rencontré Jacques Laffite. Il était seul et cherchait un homme à tout faire. Comme je venais de passer mon CAP de mécanicien, je lui ai donné mon accord et j’ai terminé la saison avec lui. Il habitait alors chez ses parents, dans le 17e arrondissement et sa voiture était basée en Seine-et-Marne, chez les parents de Bernadette (sa future épouse, aujourd’hui compagne d’Alain Prost, Ndlr). On préparait la voiture dans les dépendances.

A partir de 1972, les choses sont devenues plus professionnelles ?

Jacques est passé chez BP, grâce à Jean-Pierre Paoli (voir EC n°32), qui avait apporté le budget et officiait comme team manager de l’équipe, celle-ci comprenant également Claude Michy. Nous avons loué une villa à Magny-Cours, juste à côté de celle de Tico Martini et nous avons aménagé le sous-sol afin d’y préparer nos trois Martini à moteur Bozian. Je vivais dans cette villa avec Jacques et Bernadette. Ce fut une saison exceptionnelle puisque Jacques a remporté le Critérium National de Formule Renault avec dix victoires, dont Monaco. Et on a remis le couvert la saison suivante en F3, avec une Martini-Holbay. Avec de nouveau le titre et la victoire à Monaco. Durant toute cette période, je travaillais bénévolement. J’étais juste nourri et logé et j’étais très heureux. A cette époque, les pilotes et les mécaniciens partageaient la même vie et j’ai vécu des moments fabuleux.

Comment en êtes-vous arrivé au pilotage ?

Courant 1973, Jacques m’a payé l’école Winfield à Magny-Cours. Peut-être s’est-il arrangé avec les frères Knight car il portait les couleurs de l’école, mais toujours est-il que ça ne m’a rien coûté. J’ai été sélectionné en finale, où j’ai terminé 2e derrière Patrick Langlois, qui était plus expérimenté car il venait de remporter le Trophée NSU. Ce fut une certaine déception car j’avais tout fait pour devenir lauréat. Mais je n’avais jamais fait de compétition, pas même en karting. J’avais beaucoup appris en regardant Jacques conduire sa DS sur la route. Il n’y avait pas encore de limitations de vitesse et c’était quelque chose ! On mettait entre 1h16 et 1h25 pour rejoindre Magny-Cours depuis la porte d’Orléans, alors que l’autoroute s’arrêtait à Nemours. Aujourd’hui, on passerait pour des criminels. Mais Jacques était extrêmement adroit et il n’a jamais eu de pépins. D’ailleurs, il valait mieux ne pas taper avec une DS.

Vous avez tout de même pu courir à partir de 1974…

Avec l’aide de Jacques et de Jean-Pierre Paoli, j’ai pu obtenir un budget de Marc Cerneau, qui était responsable de la compétition chez BP. Cela m’a permis d’acheter une voiture, des moteurs et quelques pièces. C’était plutôt bien parti avec une première ligne à Magny-Cours et un podium à Charade, mais j’ai connu un coup d’arrêt lorsque je suis parti en tonneaux à Rouen, avec comme résultat une perte de connaissance et une voiture quasiment détruite. J’ai mis un moment à retrouver la confiance. En fin de saison, j’ai terminé 2e de ma manche à Brands Hatch derrière Pironi, sous la pluie, mais j’ai été sanctionné car on m’avait poussé au départ (3e de la finale, Serge fut pénalisé de 30 », étant rétrogradé en 7e position, Ndlr).

Pourquoi être passé aussitôt en Formule Renault Europe ?

Il me paraissait logique de redoubler pour viser le titre. Le problème, c’est que Renault a mis en place la FRE en 1975 et pour s’assurer d’un bon plateau, a obligé les dix premiers du championnat 74 à y participer. Dans le même temps, le choc pétrolier a poussé BP a réduire son effort, au point que Laffite est passé chez Elf. Ils m’ont laissé ma voiture, mais elle n’avait pas été conçue en fonction du surcroît de puissance de la FRE. J’y ai juste adapté un capot avant et des jantes. L’hiver, je travaillais chez Martini pour gagner un peu d’argent et je vivais sur le circuit dans ma caravane, comme beaucoup d’autres pilotes. On était une véritable réserve d’indiens. J’ai couru avec très peu de moyens, mais je n’ai pas fait une si mauvaise saison. (…)

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