Porsche 908 L 1968: mythique !

porsche-908-L-1968Il est difficile pour un journaliste de dire qu’une auto est belle car cette analyse peut très vite devenir subjective. Pourtant, dans le cas de la Porsche 908, les avis sont unanimes. Cette voiture est l’un des fleurons de l’âge d’or des Sport-Prototypes. Quelques semaines avant Le Mans Classic, j’ai pu essayer cette rare 908 longue queue, vedette de cette édition 2016.
Texte Lionel Robert – Photos Jean-Paul Weber

A l’époque de sa conception chez Porsche, l’approche du bureau d’études germanique est déjà empreinte de rigueur, mais les tests en soufflerie sont rudimentaires et la puissance des chiffres ne dicte pas encore sa loi. Cette Porsche 908 L au capot spécifique « longue queue » (Lang heck en allemand, d’où le L), destiné aux circuits rapides, a été très bien conçue puisque malgré une puissance relativement modeste (335 ch pour 3 litres de cylindrée), la vitesse de pointe est élevée. Dessiner une voiture fine, élancée, en s’inspirant du fameux profil de la goutte d’eau est la recette de l’époque.

Presque cinquante ans plus tard, regardez le traitement aérodynamique des protos d’endurance. Ceux-ci sont formidablement efficaces mais que ce soit Toyota, Porsche ou Audi, les constructeurs ont oublié depuis fort longtemps la fluidité visuelle pour des lignes beaucoup plus torturées avec des faces avant qui sont devenues de véritables murs et de nombreux appendices aérodynamiques placés là, soit pour l’efficacité, soit à cause de contraintes règlementaires. Comme disait Coluche dans un de ses sketches : « C’est joli mais faut être connaisseur. » L’avenir nous dira si ces protos modernes feront encore vibrer en 2060 les jeunes gens de maintenant.

Quittons cette spéculation de science-fiction pour revenir à notre essai bien réel. Quand Claudio Roddaro et Jean-Philippe Grand me proposent d’essayer cette Porsche 908 à Dijon, je suis heureux et un peu angoissé. Certes je vais avoir le droit de m’installer dans une sublime voiture mais vu le prix de l’engin et les vitesses atteintes à Dijon, est-ce bien raisonnable ? Je ne me suis pas longtemps posé la question et je me retrouve ainsi à pénétrer dans un pur joyau. Extérieurement la ligne superbement élancée de la 908 L produit toujours le même effet d’attirance sur les nombreux spectateurs présents au Grand Prix de l’Age d’Or. Son museau avant respire la performance, sa faible hauteur sous pavillon la distingue des autres protos présents et son interminable capot doté de deux petits flaps offre l’illusion d’une flèche suspendue en l’air comme si le temps s’était arrêté. J’ai presque envie de caresser la carrosserie d’une voiture sortie de mes tout premiers souvenirs d’enfance aux 24 Heures du Mans. J’adorais plus que tout ce dôme en plastique translucide recouvrant le moteur 8 cylindres à la manière du dos d’une baleine lorsqu’elle vient effleurer la surface de l’eau. J’aimais tellement contempler ces deux petits feux rouges qui disparaissaient à l’amorce de la courbe Dunlop négociée à une vitesse de folie lorsqu’il n’y avait pas encore de chicane. Et puis tous ces noms de pilotes qui nous faisaient rêver par leur talent et leur courage. Il y avait Mitter, Larrousse, Elford, Siffert, Stommelen, une liste non exhaustive.

Châssis 004

Cette Porsche 908 porte le numéro de châssis 004. Une dizaine d’exemplaires furent produits par Porsche à partir de 1968 pour succéder à la 907. Tout d’abord engagée aux 1000 km de Monza et pilotée par Ludovico Scarfiotti et Gerhard Mitter (11e), la 908/004 devint voiture de réserve de Porsche aux 1000 km de Spa le mois suivant, puis cessa très rapidement d’être engagée en compétition avant d’être démontée partiellement. En 1970, Hans-Dieter Dechent en fait l’acquisition et la remet sur ses roues avant de la vendre en 1971 à Gérard Larrousse. Notre double vainqueur du Mans la conservera jusqu’en 2014, date à laquelle il la cédera à l’actuel propriétaire, Ronald Hugues. […]

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